Notre folie
Je vous vois parfois dans l’orage, parfois…
D’une force fragile, je vous vois vaciller, apeurées dans les orages de la vie. Là où j’aurai pu y voir une brèche pour chercher à me faire admirer, je reste loin derrière et ne regarde qu’une bataille de perdue.
Fragile quand vous êtes au plus haut, mes yeux s’éblouissent d’une grâce que seuls les hommes peuvent ressentir. Mais affaiblies devant l’adversité, mes paupières se plissent, car je ne saurai voir cette faiblesse disgracieuse, que tant d’hommes pourtant cherche pour se faire valoir, et pour se donner l’illusion qu’ils demeurent vaillants.
C’est dans l’orage que j’aimerai vous voir briller, c’est seules au-dessus de l’océan que je veux vous voir voler. La ville n’est qu’un ennuie qui emprisonne vos chaînes et vous donne l’illusion d’une liberté mal acquise. Mais quand vient l’orage, et que de son souffle le vent soulève vos ailes et révèle vos liens de fer, je vois en vous l’oiseau blessé d’un vol que vous n’avez en fait jamais commencé.
L’adversité est un orage séculaire qui s’annoncera lorsque l’illusion de votre force aura murit.
L’un des plus grands défis pour devenir une femme libre sera de prendre votre envol devant l’obscurité et l’incertitude qui éclatera au large de votre vie. L’illusion de votre force deviendra alors la promesse de votre éclat, cette lumière dont les hommes ont besoins pour commencer à veiller sur vous, et sans laquelle nous ne restons que des guides perdus dans notre obscurité…
Il existe dans le lointain, ces gens de là-bas qui ne savent plus sourire à la vie. Parce qu’ils ont oublié, ou parce qu’on ne leur a simplement jamais appris. Des voyageurs égarés, ombres d’eux-mêmes, qui ne prennent plus la peine de se chercher, et se déclarent perdus. Alors que de pauvres gens souffrent d’être prisonniers de leur sédentarité dans des lieux sans espoir, que même les anges ont désertés, il y a ceux qui crachent sur la vie et dédaignent la chance que le monde leur donne tant de fois, bernés par l’illusion pathétique qu’ils ne la méritent pas. Cela fait bien longtemps que j’ai compris qu’on ne peut, ni ne doit changer les gens. Au mieux, je laisse les aventuriers curieux suivre mon sillage. Mais je réalise qu’il y a un monde d’endormis de la vie, dont ses habitants ne devraient pas essayer de me suivre, au risque de gaspiller l’espoir que j’ai à partager, en le piétinant odieusement. Chaque piétinement est une blessure qu’eux-même s’infligent. Je ne saurai prendre pitié d’eux, à défaut d’être suivi le coeur au vent. Je ne sais que leur souhaiter… mais une chose est sûre: que ceux qui ne savent pas s’aimer, le réapprennent. Car pour les autres, je leur tends mes ailes si besoin, car je n’en attends pas moins en retour, et nous irons sourire à la vie tous ensemble car c’est dans ce monde que je voyage, et aucun autre.
J’aime le silence depuis toujours. Parfois seulement, il n’est pas le bienvenu, quand je ne veux pas entendre ce que j’ai à me dire. Pour quelques de mes amis, le silence est persona non grata, car ils ne veulent jamais entendre ce qu’eux-même ont à se dire. Le silence est un autre miroir vers soi. Il donne de l’écho à nos pensées. Alors le fuir, c’est se fuir soi-même. Se taire et s’écouter, est pour beaucoup un acte insoutenable de discipline mentale, une preuve de maitrise de l’adversité qui parfois nous étouffe.
Musique, télé, on s’endort dans le vacarme. Notre ouïe en est trompée et le cerveau occupé. Filtrons, filtrons ce que nous ne saurions accepter. Allons, vite, plus fort, je ne veux pas m’entendre, je ne m’aime pas, je me hais, je me déteste. Cache ce miroir, non, je ne veux pas voir ce visage. Vite, un autre film, car tu ne saurais voir l’état de ta demeure, cet autre toi… Vite, appelle une amie, pour écouter ses problèmes, les résoudre, ou la guérir d’une maladie que tu inventeras. On veut des amis à soigner, avec plus de problèmes, pour se rendre moins pitoyable. Vite, un livre, car le silence arrive, et tes oreilles ont mal, occupe tes yeux, divertis ton esprit, car tu ne saurais le faire parler de toi, tellement tu t’insupportes, tu ne saurais te voir ni t’entendre, tellement tu te dégoutes.

Sans prétention, je marchais sur de nouvelles terres du Maghreb, sur un monde inconnu de mes yeux, mais familier de culture, par ses chiffres, ses astronomes et ses poètes. Nous sommes en hiver. Cette plage d’Hammamet se repose d’un tourisme outrancier, qui poussa le peuple d’ici à se dénaturer, et prendre tous nos défauts. J’essaie de capturer quelques beautés authentiques, la tâche est difficile.
Au détour d’une plante innocente apparaît une plage souillée qui borde une mer coupable. L’eau prend vie péniblement dans l’antichambre d’une photo volée. Je peine à extraire l’âme d’un corps plongé dans un coma occidental. Le Soleil caresse mes doigts, et réveille un court instant cette eau endormie.
Nous marchons plus loin. J’aperçois une plage qui feint son abandon, bordée d’artifices qui semblent avoir oubliés de vieillir et me montrent un faux visage.
Qu’à cela ne tienne…. Désert, prend vie, trompe moi et montre moi ton vrai mirage.
Un jour, un soir, un lendemain, je suis là,
un jour, un soir, un lendemain, on se dit que j’étais là.
Parti parce que trop présent, absent parce que trop las.
C’est ainsi que je viens, c’est ainsi que je pars.
Je viens dans le vent, je viens sur une feuille,
en une caresse portée par le vent, emporté par le temps.
Alors je m’envole, je repars sans au-revoir,
pour revenir sans être parti, pour vite oublier ou mieux m’éloigner
Mes souvenirs sont de lourds bagages que je vous laisse ,
Je ne porte que mes ailes, ou peut-etre me portent-elles.
Je ne sais plus…
Mon passé me revient, ma mémoire me rattrape.
Qu’ai-je fais, à tous, à toutes vous oublier,
qu’avez-vous fait, à me laisser m’envoler.
Peu à peu je reviens,
et j’ouvre ces bagages, que le temps a piétinés.
“Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.
In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbow’d.
Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years,
Finds and shall find me unafraid.
It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.”
Mes premiers souvenirs de chien remonte à mes 8 ou 9 ans. Deux boxers, dont nous avions ramené la mère de Corse, vers Ouagadougou.
Je me souviens des retours de l’école, cette fête qu’ils me faisaient, encore plus chaleureuse que celle des bipèdes qui compose le reste de ma famille. Je tombais dans les rosiers, à chaque fois que ces 2 chiens, qui pour ma taille de trois pommes étaient de vrais molosses, tentaient de me prendre dans leurs pattes. Je criais, j’avais mal, mais… j’étais heureux de tout cela.
Je me souviens de mes premières larmes pour la maman. Elle mourut dans la nuit près de moi, alors que je souhaitais être près d’elle en espérant qu’elle survivrait à son opération. Mon père avait préparé un lit de camp pour que je puisse être près d’elle. Au petit matin, son petit ventre ne jouait plus de l’accordéon, et sa truffe ne cherchait plus mes petites mains fragile. Je la touchai de mes doigts, qui ne comprirent alors pas le froid et la raideur d’Evisa, que la vie avait finalement quittée pendant notre sommeil à tous les deux.
Je me souviens avoir beaucoup pleuré. Je ne savais pas encore ce que la mort était, mais mon coeur avait compris qu’il fallait pleurer pour dire au-revoir.
Ce jour là, j’ai découvert l’une des cachettes de mon humanité.
Et ce fut un animal qui m’aida à la trouver…